Un parcours de mal-logés

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Logements vacants en Europe.

Voici un article paru sur le site Citizen Post, en février 2014.

On appréciera la phrase du cabinet de Cécile Duflot, alors ministre du logement (Europe Ecologie les verts), à propos d’éventuelles réquisitions de logements vides promises pendant la campagne électorale:

« L’objectif n’a jamais été la réquisition pour la réquisition. Le but, c’est que les propriétaires remettent sur le marché, le plus rapidement possible, un maximum de logements »

Drôle de manière de dire qu’en fait l’objectif n’a jamais été la réquisition tout court, mais bien de se servir de la détresse des mal-logés pour gagner des voix…

duflot tente verte

Scandale en Europe : 4 millions de SDF et 11 millions de logements vides

Une enquête menée par le journal britannique Guardian montre que l’Europe serait dotée de 11 millions de logements vacants tout en comptant plus de 4,1 millions de sans-abris. Moins de la moitié de ces logements pourraient donc permettre à chacun de vivre sous un toit.

Voici le drame de la spéculation immobilière.. Des millions de personnes dorment dans la rue pendant que tout près, plus du double de logements reste inoccupé. Ce n’est pas la première fois que ce décalage fait les gros titres, mais les chiffres montrent cette fois-ci une réalité à l’échelle européenne. C’est en Espagne que l’on dénombre le plus grand nombre de logements vides. Le pays a été touché par l’éclatement d’une bulle immobilière en 2008. Désormais, ce sont pas moins de 3,4 millions de résidences qui sont vides, soit 14% de l’ensemble des propriétés. Principalement situés dans les zones touristiques, ces logements n’ont souvent jamais été occupés du fait de leurs prix trop élevés pour les familles dans le besoin. Le tiers des logements de la ville de Murcie sont ainsi inhabités.

La France compte quant à elle 2,4 millions de logements vides selon l’INSEE tandis que 693 978 personnes seraient privées de domicile et 3,5 millions mal logées selon la fondation Abbé Pierre. À l’automne 2012, le gouvernement avait décidé de réquisitionner une partie des logements inhabités pour y loger les personnes dans le besoin. Mais plus d’un an après, la situation n’a pas vraiment évolué. « L’objectif n’a jamais été la réquisition pour la réquisition. Le but, c’est que les propriétaires remettent sur le marché, le plus rapidement possible, un maximum de logements » expliquait en décembre le cabinet de Cécile Duflot.

Dans les autres pays d’Europe, on compte également 2 à 2,7 millions de logements vides en Italie, 1,8 million en Allemagne, 735 000 au Portugal ou encore 700 000 en Grande-Bretagne. « C’est incroyable. C’est un nombre énorme », a déclaré David Ireland, directeur général de la Empty Homes charity, une organisation qui milite pour la mise à dispositions des logements vacants aux personnes qui ont besoin de logements. « Les maisons sont construites pour que les gens y vivent. Si elles ne sont pas occupées, c’est que quelque chose a sérieusement mal tourné sur le marché du logement. […] Il y en a assez pour régler le problème des sans-abris en Europe ! » ajoute-t-il.

Le mois dernier, les députés ont adopté une résolution demandant à la Commission européenne « d’élaborer une stratégie pour régler le problème des sans domiciles sans plus tarder », elle a été adoptée à 349 voix contre 45.

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LOGEMENTSVACANTS

Les habitants du bois de Vincennes

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Depuis plus de 10 ans, de nombreux Sans Domiciles Fixes habitent dans des tentes ou des cabanes dans le bois de Vincennes. Ils et elles sont plusieurs centaines à y habiter toute l’année.
La mairie de Paris les tolère plus ou moins. La principale préoccupation des représentants de l’Etat étant que cela reste discret…
Dans un contexte où les élus ne contraignent pas le marché de l’immobilier à baisser les prix, et où ils préfèrent arroser le patronat (30 milliards d’euros d’aide dans le « pacte de responsabilité »), tout en faisant des économies sur le social (logement et hébergement « décents »), les SDF du bois ont l’avantage de ne rien coûter…
Voici plusieurs reportages, trouvés sur le net, qui donnent la parole à ces S.D.F:
 beatrice-54-ans-sdf-vivant-au-bois-de
et une étude « ethnographique » faite par un sociologue (primée par la Caisse Nationale des Allocations familiales, cela ne s’invente pas !):
  carte tentes
Un article paru dans le journal « La Croix »:
 sdf vinc

Au bois de Vincennes, la survie de sans-domicile-fixe

Dans le bois de Vincennes, aux portes de Paris, quelque 300 SDF ont vécu un hiver particulièrement rude

Joggeurs matinaux, balades en poussettes, éclats de boules de pétanque… Le bois de Vincennes s’est bien mis à l’heure d’été. Les agents municipaux ont enfin remis en marche les fontaines et les rayons de soleil printaniers arrosent de lumière les arbres, qui commencent déjà à donner leurs premiers bourgeons. Pourtant, dans le dédale des fourrés, se cache une toute autre réalité, bien moins idyllique. Trois cents personnes sans domicile fixe, selon l’estimation de la sécurité du bois, ne sourient que d’avoir survécu à l’hiver, quand la température est descendue plusieurs fois sous la barre des – 10 °C. En tendant un peu l’oreille, retentit le marteau de Jean, 63 ans. Qui vit là, à l’abri des regards, et sait qu’il n’a pas une minute à perdre. De ses mains encore tuméfiées par le gel des semaines passées, il enfonce dans le sol d’épais morceaux de bois destinés à supporter son prochain toit. « Avec l’humidité, l’ancienne cabane a pourri. Je ne peux pas y rester, elle risque de s’effondrer », explique-t-il en taillant une branche en pointe.

« J’étais tellement gelé que j’avais envie de brûler mes propres vêtements »

Une fois qu’il aura terminé, cet ancien carreleur pourra installer le poêle de fortune dont il se servait cet hiver. « Cette année, c’était tentant de brûler encore plus de fioul que d’habitude pour conserver une température acceptable sous les bâches, confie-t-il. Mais j’éteignais le poêle toutes les nuits à partir de 19 heures. De toute façon, la sécurité est là pour vous le rappeler. Il y a deux ans, un copain s’était endormi à côté de la fumée. Il est mort d’asphyxie, là, juste à l’endroit où je vous parle. » Lorsqu’il s’est installé 500 mètres plus loin en plein mois de janvier, sous une toile tendue entre deux branches, Vincent, 22 ans, n’a pas tout de suite profité de l’expérience des « anciens ». « Il y avait 20 centimètres de neige, mais j’en avais marre d’être dans la rue, se souvient-il. Les premières nuits, j’étais tellement gelé que j’avais envie de brûler mes propres vêtements pour me réchauffer. Et puis, à un moment, tu tombes d’épuisement. Le froid t’engourdit, tu ne peux plus bouger. Tout à coup, tu te sens bien, mais tu sais que tu vas avoir un gros problème si tu ne te relèves pas très rapidement. » Ce que Vincent ne savait pas, c’est qu’il existe d’autres astuces pour survivre ici. En février, le jeune homme a enfin réussi à trouver un vieux container alimentaire qu’il a transformé en poêle. Une « vraie richesse » pour la plupart des sans-domicile du bois, mais un bien très convoité.

Des bruits étranges la nuit

« Un jour, un gars est venu avec un pitbull pour me piller, raconte Vincent. J’ai sorti la hache pour l’effrayer, et il est parti. Dans le bois, il faut toujours faire attention. La nuit, il y a des bruits étranges. C’est pour cela que j’ai protégé ma cabane avec des haies. Elles ne me mettent pas vraiment à l’abri, mais elles me permettent au moins d’entendre les gens qui s’approchent. » Les pires rencontres côtoient les meilleures. Vincent a eu la chance de tomber sur Fabien et le reste de l’équipe de bûcherons élagueurs de la ville de Paris. « Un jour, ils m’ont surpris dans un arbre en train de couper des branches pour faire du feu, poursuit-il. Ils m’ont tout de suite demandé de descendre. » Mais les fonctionnaires ont pris en affection le benjamin de Vincennes, parti du domicile parental après des « galères familiales ». Ils l’ont d’abord aidé à consolider sa cabane, puis ils lui ont rendu visite quotidiennement pour s’assurer qu’il ne manquait de rien. « Nous lui avons notamment taillé des souches d’arbre afin qu’il puisse s’asseoir, raconte Fabien. Surtout, on lui apporte régulièrement des fagots de bois de chauffe. »

Des habitants à part

Malgré tout, Vincent ne compte pas se risquer dans le bois un hiver de plus, lui qui, pendant la tempête du 28 février dernier, a vu un arbre s’abattre à seulement trois mètres de lui. « La plupart des gens ici ont fini par trouver un fonctionnement. Si je le voulais, je pourrais encore rester des années, mais ce n’est pas décent », observe le jeune homme qui, depuis peu, a trouvé un travail dans la sécurité. Certains SDF, c’est vrai, ont fait du bois de Vincennes un mode de vie. Les habitants des cabanes forment une catégorie à part, qui ne se mélange pas facilement avec ceux qui vivent dans des tentes. Les « sauvages », comme certains les appellent. « Quand même, il faut vouloir habiter là-dedans, il faut se baisser pour entrer, remarque Jean. N’importe qui peut vous attaquer, et vous ne pouvez même pas vous lever pour vous défendre. » Le repaire de Mickey, la cinquantaine, est une grande tente vert anis. Une radio crache une musique contrariée par une mauvaise réception. À l’extérieur, à côté d’un vieux canapé en similicuir marron clair et d’une table en plastique couverte de vaisselle sale, l’homme roule une cigarette. Un bonnet noir surmonte son visage buriné comme ceux des vieux marins bretons. Mickey s’est installé ici il y a quatre ans après avoir sillonné plusieurs villes de France.

Quatre sacs de couchage, deux couettes et cinq blousons

Une bière à la main, il parle de son combat hivernal contre le froid : « Lorsque je rentre le soir, j’allume le camping gaz, la chaleur reste dans la tente, détaille-t-il. Et je me couvre. J’ai trois ou quatre sacs de couchage, deux couettes. Les gens m’ont donné cinq blousons, des caleçons longs… Une dame qui travaille au Monoprix m’achète des chaussettes chaque hiver. » Mickey évoque aussi la pompe à eau du cimetière voisin qui a gelé une partie de la saison. Il lui a fallu acheter de l’eau. Il n’en boit pas beaucoup, mais en a besoin pour le café ou pour cuire les pâtes. Pis, en raison du mauvais temps, il lui a fallu s’adapter pour recueillir quelques pièces. « Normalement, je fais la manche le soir à Monoprix de 16 heures à 21 h 30, souligne-t-il. Si je gagne 10 euros, ça me suffit. Mais avec le froid, je ne pouvais pas rester plus de deux heures. » Autre mauvais signe : la mort de son cochon d’Inde qu’il avait confié à une copine qui a un appartement, « pour qu’il ne souffre pas trop de l’hiver ». De l’autre côté de la petite route bitumée qui mène au cimetière, « le terrain » de Joseph, 43 ans. Lui n’a pas renoncé à la propreté. Un bidon de cinq litres d’eau dans une main et une éponge dans l’autre, il s’efforce de garder sa parcelle propre autant que faire se peut. Pantalon de velours noir, veste en coton kaki, Joseph a les cheveux courts et est rasé de près.

Un rituel pour se réchauffer

Ce sans-papiers d’origine algérienne qui enchaîne les petits boulots de cuisinier a passé l’hiver en misant sur une hygiène de vie irréprochable. « Je ne bois pas, je ne fume pas de shit, se félicite-t-il. L’alcool, ça réchauffe la tête mais pas le corps. » Pour braver le froid, Joseph a récupéré un matelas dans la rue, et l’a posé sur quelques planches de bois : « Il faut se préserver du sol pour que les poumons n’absorbent pas l’humidité. » Afin de passer le mieux possible le cap de la nuit, Joseph s’adonne aussi à un petit rituel qu’il garde soigneusement à l’esprit comme un secret de grand-mère : « Je me lave les pieds à l’eau chaude pour relancer ma circulation du sang. » Il observe qu’il n’a pas été malade de la saison. Au milieu de la végétation dense qui borde l’avenue Daumesnil, une poignée de tentes en cercle autour de vieilles chaises de bureau sous une bâche tendue entre deux arbres. « On a galéré, raconte Chris, 38 ans. Ici, on dormait surtout. Il n’y a pas de chauffage, rien. Il faut de bonnes couvertures, des duvets, bien te recouvrir. Souvent tu es obligé de dormir habillé. » Le jour, avec les six autres habitants de son camp, il fuyait l’hiver. « On ne pouvait pas rester, il caillait trop. Ici c’est déboisé, tu peux même voir la rue depuis le camp, tu n’es pas protégé du vent. Il fait plus froid qu’en ville. » Destination Paris, gare de Lyon.

« Boire pour oublier la misère »

Chris sait de quoi il parle. Il est dans la rue depuis deux ans et a d’abord connu les abords du ministère des finances. Un bonnet sur la tête pour recouvrir ses dreadlocks, celui qui se présente comme jardinier de formation et musicien à ses heures énumère lentement les embûches de l’hiver : un seul réchaud pour préparer la nourriture, des difficultés pour se fournir en eau à cause des fontaines congelées… Et, bien sûr, un froid constant. « La neige, quand ça tombe sur la tente, c’est comme si tu dormais dans un frigo. » Pour un certain nombre de SDF, l’alcool devient un moyen de lutter contre la souffrance physique et morale. « En hiver, on boit plus, on sent moins le froid, explique Chris. L’alcool en a piégé quelques-uns. La plupart sont morts comme ça : des gars qui s’endorment sans se recouvrir et se retrouvent congelés. Ça arrive vite. » À 300 mètres de là, Benoît et Willy, 26 et 32 ans, renchérissent : « Ici, l’un des plus gros passe-temps, c’est de boire pour oublier la misère. » Les difficiles conditions de vie endurcissent les habitants des lieux. « Ça immunise, analyse Benoît. Notre corps s’habitue, ici il y a rarement des angines. » L’arrivée du printemps est vécue par tous comme un soulagement. « Une fois que l’hiver est passé, ça devient viable », résume Chris en montrant les restes d’un repas de la veille. Avec la hausse du thermomètre, les parties de pétanque et les premières soirées autour du barbecue ont en effet commencé. « L’été, il n’y a pas vraiment de trucs désagréables, raconte Benoît. On pourrait se croire au camping, il manque juste le coin sanitaire. » Yann BOUCHEZ, Ève CHALMANDRIER et Jean-Baptiste FRANCOIS DSC01830